Entre le savoir et la vertu...

"Une éducation éclairée"

Source : Plaidoyer pour l'altruisme, la force de la bienveillance (2013)

« Martin Seligman, l'un des fondateurs de la « psychologie positive », a posé à des milliers de parents la question suivante : « Que désirez-vous le plus pour vos enfants ? ». En majorité, ils ont répondu : le bonheur, la confiance en soi, la joie, l'épanouissement, l'équilibre, la gentillesse, la santé, la satisfaction, l'amour, une conduite équilibrée et une vie pleine de sens. Pour résumer, le bien-être arrive en tête de ce que les parents souhaitent en priorité pour leurs enfants.

« Qu'enseigne-t-on à l'école ? » demanda ensuite Seligman aux mêmes parents, qui répondirent : la capacité de réflexion, la capacité de s'adapter à un moule, les compétences en langues et en mathématiques, le sens du travail, l'habitude de passer des examens, la discipline et la réussite. Les réponses à ces deux questions ne se recoupent pratiquement pas. Les qualités enseignées à l'école sont indiscutablement utiles et pour la plupart nécessaires, mais l'école pourrait également enseigner les moyens de parvenir au bien-être et à l'accomplissement de soi, bref, à ce que Seligman appelle une « éducation positive », une éducation qui apprend à chaque élève à devenir un meilleur être humain.

Dans la plupart de ses conférences publiques, le Dalaï-Lama insiste sur le fait que l'intelligence, pour importante qu'elle soit, ne reste qu'un outil qui peut être utilisé pour le bien comme pour le mal. L'usage que nous ferons de notre intelligence dépend en fait entièrement des valeurs humaines qui inspirent notre existence. Selon le Dalaï-Lama, et il insiste sur ce point, l'intelligence doit être mise au service de valeurs altruistes. Autrefois, ces valeurs étaient inculquées par l'éducation religieuse, parfois de manière positive, mais trop souvent de façon normative et dogmatique qui ne laissait guère aux enfants la possibilité d'explorer leur potentiel personnel. Aujourd'hui, l'éducation ne peut être que séculière, respectant ainsi la liberté de chacun. Mais, ce faisant, l'éducation moderne, trop souvent centrée sur la « réussite », l'individualisme et la compétition, n'offre guère de moyens permettant d'apprécier l'importance des valeurs humaines. Le Dalaï-Lama explique :

L'éducation ne se résume pas à transmettre le savoir et les compétences permettant d'atteindre des buts limités. Elle consiste aussi à ouvrir les yeux des enfants sur les droits et les besoins des autres. Il nous incombe de les amener à comprendre que leurs actions ont une dimension universelle, et nous devons trouver un moyen de développer leur empathie innée de manière qu'ils acquièrent un sentiment de responsabilité envers leur prochain. Car c'est cela qui nous pousse à agir. En fait, s'il fallait choisir entre la vertu et le savoir, la vertu serait certainement préférable. Le bon cœur qui en ait le fruit est en soi un grand bienfait pour l'humanité. Ce n'est pas le cas du savoir.

Toujours selon lui, il est donc essentiel de réintroduire dans l'éducation l'enseignement de ces valeurs fondamentales sur la base des connaissances scientifiques acquises au cours des dernières décennies dans le domaine de la psychologie, du développement de l'enfant, de la plasticité du cerveau, de l'entrainement à l'attention et à l'équilibre émotionnel, des vertus de la bienveillance, de la solidarité, de la coopération et de la compréhension de l'interdépendance entre tous les êtres. »