La famille, l'école et la société

«S'interroger sur l'école, sur ses finalités, sa capacité d'éveiller et de satisfaire le désir d'apprendre de l'enfant, sur sa force de socialisation ou, au contraire, sur la violence implicite de son fonctionnement élitiste et les inadaptations qu'il entraîne, c'est s'interroger sur les finalités et valeurs qui l'animent. À cet égard, on peut dire qu'en termes de culture, c'est à dire de valeurs consciemment ou inconsciemment transmises, l'école est le produit de la société dans son ensemble et la société le produit de l'école.

L'enfant, imprégné des valeurs transmises par son milieu, introduit dans l'école les germes de sociabilité et de rivalité développés dans le cercle familial. Mettant à bien ou à mal son besoin essentiel d'estime et de confiance en soi, l'école fortifie la sociabilité ou renforce la rivalité. La confiance ou la méfiance envers soi-même et envers autrui sont tributaires des valeurs et des comportements des principaux acteurs en présence : parents, enseignants, camarades. Les modes de fonctionnement de l'institution scolaire en général et de chaque école en particulier y jouent un rôle déterminant : il y a une culture d'école comme il y a une culture d'entreprise. Malheureusement, l'évaluation des écoles ne se fait qu'en fonction de la réussite aux diplômes (qui ne sont pas forcément une garantie d'épanouissement personnel) et n'inclut pas les qualités fondamentales qui font d'in individu une personne : autonomie, sentiment de responsabilité, esprit critique, confiance dans ses propres potentialités, capacité de coopération, etc., qualités qui constituent, pourtant, la meilleure condition pour une féconde appropriation des savoirs. Qualités pour lesquelles ni les adultes ni les élèves n'ont reçu une formation pratique appropriée et que l'institution par ses modes de fonctionnement compétitif ne favorise guère.

Compte tenu de la continuité culturelle entre la société, la famille et l'école, il est vain, malgré leurs champs d'action différents, de les opposer. Les enseignants s'angoissent ou «se cabrent», à juste titre, face à la tendance à faire d'eux les «réparateurs» des carences familiales et sociales, mais ils auraient tort de croire qu'ils n'ont pour tâche que de transmettre des savoirs. Ce refus de prendre en compte l'aspect relationnel et éducatif du métier n'est pas neutre, car cela peut entraîner plus ou moins l'enseignant à méconnaître le ralentissement tant positif que négatif de la relation maître-élève sur les processus d'apprentissage cognitifs, et plus profondément sur l'auto-estime et la sociabilité de l'élève.»