Le "laisser-être"

"Taoïsme signifie non-ingérence, «laisser-être». Mais ce n'est pas une philosophie du laisser faire, une philosophie du laxisme ou du refus d'aider et de soigner. Un bon exemple en serait un thérapeute qui, s'il est un être humain et digne de ce nom, n'envisagerait en aucun cas de s'imposer à ses patients ou de tenter de faire d'un patient une imitation de lui-même.

Un bon clinicien accompagne son patient à mettre au jour puis briser les défenses entravant sa connaissance de soi, à se retrouver puis à se connaître. Dans l'idéal, le système plutôt abstrait de référence du thérapeute, les manuels qu'il a lus, les écoles qu'il a fréquentées, ses croyances, rien de tout cela ne devrait être perceptible au patient. Respectueux de la nature profonde, de l'être, de l'essence de ce «jeune frère», il reconnaîtrait que celui-ci doit être plus pleinement lui-même pour bien mener sa vie. Ceux que nous qualifions de «malades» ne sont pas eux-mêmes, ils ont édifié toutes sortes de défenses névrotiques contre leur humanité. De même qu'il importe peu pour le rosier que son jardin soit italien, français ou suédois, de même le «jeune frère» ne devrait pas se préoccuper de la formation de son guide. Les services que celui-ci a à rendre sont indépendants de son étiquette de suédois, catholique, musulman, feudien ou autre.

Ces concepts fondamentaux comprennent et impliquent les concepts fondamentaux freudiens et autres systèmes psycho-dynamiques, et ils sont pleinement en accord avec eux. Le principe selon lequel les aspects inconscients du moi sont refoulés et la découverte du moi véritable nécessite le dévoilement de ses aspects inconscient est freudien. Croire que la vérité règle de nombreux problèmes est implicite. À condition d'apprendre à briser ses refoulements, à connaître son moi, à écouter les voix de l'impulsion, à dévoiler sa nature triomphante, à atteindre la connaissance, la compréhension de soi et la vérité.

Lawrence Kubie a établi il y a quelque temps, dans The forgot-ten man in education, que l'un des objectifs suprême de l'éducation est d'aider l'autre à devenir un être humain, aussi complètement qu'il lui est possible.

Nous ne pouvons pas nous plaindre, surtout avec les adultes, de ne rien voir pour travailler. Nous avons d'ores et déjà un début ; nous avons d'ores et déjà des capacités, des talents, une orientation, des missions, des vocations. Notre travail est donc, dans la perspective d'un suivi sérieux de ce modèle, d'aider ces adultes à devenir plus complets, plus accomplis, à mieux épanouir leur potentiel en devenir."